01.03.2008
Robert Lanoye
Robert Lanoye est décédé le 04/02/2008 à la suite d'une longue maladie. Charlie a voulu lui rendre hommage en rédigeant le texte suivant:

Hommage à Robert
Nous avons reçu voici quelques jours sur nos téléphones portables un message de Robert qui nous a bouleversés. Il nous remerciait de notre amitié et de ces nombreux km parcourus ensemble sur nos bécanes mais, nous annonçait que cela ne se passait pas bien et qu'il était désormais prêt à effectuer le « grand passage », pour reprendre ses termes.
Nous avions tous bien noté son absence depuis quelques jours et le fait qu'il ne répondait pas à nos appels : en effet, après une longue période de répit, cette maladie implacable qui emporte tant d'êtres chers, s'est sournoisement et brutalement remise en marche.
C'est la 2e fois en quelques semaines que je me retrouve dans cette posture de devoir honorer la mémoire d'un cycliste : il y a peu, j'évoquais les exploits cyclistes de feu Bénédicte Vaes, journaliste au Soir : Robert et Bénédicte ne se connaissaient pas, mais je parlais fréquemment de l'un à l'autre et vice-versa. Quand Bénédicte déprimait, je lui citais les exploits cyclistes de Robert , ce qui lui redonnait de l'espoir et je leur assurais à tous 2 qu'après leur guérison on ferait ensemble de bonnes parties de manivelles.
Quand Robert m'a reparlé de son « grand passage », j'ai vraiment eu l'impression d'un homme très lucide et déterminé, qui enfourchait sa bicyclette pour escalader le Col de la Grande Faucheuse, ce col ultime, au-delà duquel on rejoint l'Orient éternel des cyclistes, là où Robert doit actuellement dans un grand rire tenir la dragée haute à son ancienne idole Jacques Anquetil.
Certains ne franchissent ce col qu'à reculons et sous l'emprise de la peur : Robert a regardé la mort froidement dans les yeux, s'est arcbouté sur ses pédales et s'est lancé à tout jamais.
Tous ses amis cyclistes témoigneront combien Robert nous a stupéfié ces derniers mois. Les plus anciens savent que sur sa bécane c'était un dur à cuire, qui d'ailleurs allait travailler à Wavre à vélo quotidiennement.
Plus récemment, au printemps passé, après cette terrible opération, personne ne croyait le revoir en selle aussi vite et avec autant d'acharnement. Nous sommes nombreux à penser qu'au-delà des attentions constantes de sa famille, les objectifs qu'il s'était fixé à vélo lui ont conféré quelques mois de vie en plus, là où d'autres se seraient éteints beaucoup plus vite dans la prostration.
Deux exemples me reviennent en tête :
- Quelques semaines après son opération, un brevet cycliste avait lieu au départ de Boisfort, dans le paysage très dénivelé du Brabant Wallon. Me voilà donc parti avec le vélo sur la voiture pour me rendre au départ du brevet. Arrivé à hauteur de l'ULB, avenue Roosevelt, qui aperçois-je sur son vélo? Robert, bien sûr, se rendant lui aussi au brevet, mais à vélo. A toutes fins utiles, mais sans me faire d'illusions sur la réponse, je ralentis pour lui demander s'il ne veut pas charger son vélo sur ma voiture. A mon grand étonnement, il marque son accord. Aussitôt installé à mes côtés, il se met à pianoter sur son gsm et appelle Michèle son épouse, pour lui dire qu'il était avec moi, qu'il avait donc économisé quelques km et donc qu'il pouvait par conséquent s'inscrire non plus aux 50 km, mais bien aux 80!: J'ai bien entendu les protestations inquiètes de son épouse, mais voilà, enragé et rusé comme un renard, l'affaire était faite et s'est donc conclue ainsi.
- Le 2e exemple était encore plus frappant. Nous étions plus avancé dans la saison, Robert semblait reprendre force et vigueur et en définitive, nous disait-il, sa perte de poids pouvait constituer un avantage compétitif déterminant à vélo. Voici plusieurs jours qu'il ruminait l'idée de s'aligner au départ d'un brevet de 140 km, particulièrement dur, organisé par nos amis du Fanny Club. Les tentatives de le raisonner demeurèrent vaines, et le voilà parti un peu avant nous avec son fidèle compère Daniel. Nous les avons rejoints dans une chaleur torride à quelques km de l'arrivée, et nous nous sommes rendu compte que cela ne tournait pas rond: Robert a le regard fixe, les mains crispées sur le guidon, Daniel me fait comprendre qu'il ne parvient pas à le modérer pour ralentir. D'un rapide coup d'œil, je me rends compte que son bidon d'eau est quasi plein. On l'invite à boire pour couvrir les derniers km, mais il nous répond que son estomac ne supporte plus aucun liquide. Robert franchi la ligne d'arrivée, droit comme un «I», mais s'écroulera dès sa descente de vélo. Non pas parce que cette épreuve était au-delà de ses forces, mais tout simplement parce qu'il n'avait pas bu et qu'il était déshydraté. Inutile de dire que le trajet retour se fera en ambulance et qu'une fois de plus Robert aura donné des palpitations à toute sa famille! Notons au passage que la distance parcourue de 140 km correspond à celle du Grand prix des Nations, remporté 9 fois par... un certain Jacques Anquetil bien évidemment. Curieuse analogie n'est-il pas...
Nos vies passent et s'évanouissent comme des comètes dans le ciel. Que reste-t-il de nous après la mort si ce ne sont les souvenirs qui s'ancrent dans la mémoire de ceux qui nous survivent ?
Tous les cyclistes qui l'ont croisé ou accompagné ces derniers mois garderont en mémoire l'image d'un homme au courage surprenant. Surprenant, parce que chacun s'accordera à reconnaître que Robert était d'un tempérament plutôt taiseux et modeste, ne se mettant pas en avant : ce n'est que dans l'épreuve que s'est révélé son vrai caractère en acier trempé, un tempérament d'une ténacité exceptionnelle.
Ce souvenir, les cyclistes d'Aurore vont l'honorer de manière permanente : notre Président, Pietro Sirigu a décidé de lancer fin septembre le 1er mémorial Robert Lanoye, qui sera , bien sûr, annuel.
Je voudrais en terminer en assurant , au nom de tous les cyclistes d'Aurore Cyclo (et du Fanny), l'ensemble de la famille de Robert de notre plus chaleureuse affection en ces moments douloureux. Je voudrais aussi témoigner de ma plus profonde estime pour Michèle, la femme de Robert, pour le combat difficile qu'elle a mené à ses côtés durant ces longs mois. Je remercie Florence de la confiance qu'elle m'a témoignée en me permettant de m'adresser à vous.
Enfin, je voudrais aussi dire à Athanase, son petit-fils, combien il mettait de la lumière et de la fierté dans les yeux de Robert et qu'il peut être lui aussi très fier de son papy.
CH
10/02/2008
